Interview VI: l’Atelier de Jaima

09 fév 2012  |  HISTOIRE DE MODE, Interviews
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Pour terminer ce petit reportage autour de la créativité je vais vous parler d’une personne étonnante qui fait du fusing glasses, il s’agit de Jaima, une jeune créatrice à l’accent du Brésil. Pour ceux qui ne connaissent pas cette méthode, petit rappel: le « fusionnage » ou « fusing » consiste à assembler des morceaux de verre superposés dont l’ensemble est porté dans un four à son point de fusion pour former une seule pièce homogène. La difficulté du fusing consiste à maîtriser la cuisson des pièces pour éviter l’apparition de tensions dans la matière. Pour cela, il faut tenir compte de la nature des verres que l’on fusionne. Maintenant qu’on a tout bien compris – n’est-ce-pas? – je vais vous présenter Jaima…

Jaima, on veut tout savoir comment as-tu découvert cette technique étonnante?

Tout a commencé en 1997, à Sao Paulo, lorsque j’ai rencontré Roberto Bonino. Ce n’est pas n’importe qui puisque cet uruguayen appartenait au mouvement révolutionnaire Los Tupamaros. Comme beaucoup de révolutionnaires, il fut emprisonné… A sa sortie de prison, il a décidé d’apprendre la technique du fusing glass, il est allé à Murano pour apprendre à devenir maître-verrier. De retour au Brésil il a décidé de partager son savoir-faire, ses connaissances, tous ses secrets de fabrication avec ceux qui le souhaitaient. Roberto était quelqu’un d’altruiste qui souhaité donner de l’autonomie à tous ses élèves. C’est dans ce contexte que j’ai fait sa connaissance, il était présent à la même soirée que moi, et j’ai littéralement flashé sur un plat qu’il avait fabriqué. Trois jours plus tard j’étais à son atelier et j’y suis restée un an. Il m’a tout appris: à construire mon propre four, à mélanger les pigments de couleur, le temps de cuisson, etc…

Après cette formation as-tu décidé de persévérer dans cette voie?

Non parce que j’avais peur d’être une artiste. Pour moi les artistes avaient ce côté un peu fou qui ne me correspondait pas du tout. A ce moment là je préférais miser sur la sécurité de l’emploi, je me suis inscrite à une faculté d’administration des entreprises, je cherchais une certaine structure, je voulais être « cadrée ». Je suivais mes cours à la fac de 18h30 à 23h30 ce qui me permettait de continuer à fabriquer des objets dans mon atelier: je pouvais cumuler les deux.

En quoi consistaient tes études?

En parallèle de mes cours, j’effectuais un stage dans une multinational d’agrobusiness. J’ai occupé plusieurs postes. Pendant deux ans, j’ai été analyste fiscale, ensuite je suis passée formatrice, et enfin j’ai occupé un poste dans l’importation, je devais suivre les traffics des bateaux. A ce moment là je me suis dit que même un singe bien formé serait capable de remplir cette mission!! Je ne me voyais pas exercer ce métier pendant encore longtemps. Une fois mon cursus terminé j’ai décidé de quitter le Brésil.

Ou comptais-tu aller à ce moment là?

Je comptais partir pour l’Australie, et puis ma colocataire de l’époque m’a convaincue de venir à Paris avec elle. Je suis arrivée en France en 2002. Je me suis débrouillée seule pour apprendre le français. Malgré mon niveau d’étude au Brésil, le seul emploi que j’ai réussi à trouver fut serveuse dans un restaurant. Je travaillais 14h/jour alors qu’avant j’étais habituée aux horaires de bureau… Cette période fut très difficile à vivre pour moi: j’étais en train de me perdre…

Comment es-tu sortie de cette période noire?

Je me suis inscrite à une formation de pédagogie alternative en Allemagne. Malheureusement cette formation n’était pas faite pour moi. Puis, à la suite d’une rencontre amoureuse j’ai déménagé en Normandie. Ensuite, pendant deux ans, nous avons fait le tour du Brésil, j’avais besoin de faire un break à ce moment là. De retour en France, j’ai pris le temps de réfléchir avant de me lancer. Je suis donc revenue à la création d’objet en verre, j’ai construit un four que j’ai installé dans mon atelier, et pour vendre mes créations, je participais à des marchés, j’organisais des vente-privées.

C’est à partir de ce moment là que tu a développé cette activité?

Non car suite à une séparation je suis retournée à Paris. Et là je me suis dit « quand on sait pas quoi faire on va étudier ».  En 2006 je me suis donc inscrite pour passer un Master 2 Affaire et Commerce International avec les pays émergents. C’est au cours de ce master que j’ai rencontré l’homme de ma vie, en 2007 je suis tombée enceinte… C’est de cette manière que je me retrouvée au Pays Basque. J’ai passé ma thèse par téléphone car j’étais enceinte de neuf mois et j’ai eu mon master avec la mention assez bien!!

A ton arrivée dans notre belle région, qu’as-tu fait?

J’ai commencé à chercher du boulot en pensant que cela allait être facile au vu du diplôme que je venais d’obtenir. Je me suis mis le doigt dans l’oeil, mon master ne m’a servi à rien pendant ma recherche d’emploi. Je me suis donc naturellement tournée vers ce que je savais faire avec mes dix doigts!! J’ai donc recrée un atelier à mon domicile, fabriquer un nouveau four, rien n’est plus épanouissant pour moi que de créer quelque chose. Ensuite, j’ai découvert Andere Nahia, une association qui m’a énormément soutenu pour la réalisation de mon projet.

Quelle est la date officielle de l’ouverture de l’Atelier de Jaima?

J’ai ouvert mon atelier en mai 2011. Pour créer mes objets – assiettes, plats,etc – ainsi que mes bijoux, j’ai choisi d’utiliser du verre recyclé. Je trouve qu’il y a assez de matière existante qu’on jette et je préfère ne pas produire ce qui existe déjà. La plupart de mes créations sont faites à partir de verre de fenêtres. J’ai vécu l’ouverture de cet atelier comme une renaissance. Ma première apparition publique fut lors de la Nuit Blanche Artistique à la Crypte Sainte Eugénie.

As-tu un projet que tu n’as pas encore réalisé?

Mon rêve serait de faire comme Roberto Bonino, ouvrir un atelier où tout le monde pourrait fabriquer quelque chose de ses mains. J’aimerai organiser des ateliers pour transmettre mon savoir-faire…

Merci beaucoup Jaima de nous avoir laissé pénétrer dans ton univers…

Voilà les filles en espérant avoir captivé votre attention pendant cette lecture…

C’est la dernière interview que j’ai réalisé pendant la soirée Instant de filles…

Je vous prépare un condensé de ce petit reportage et d’ici là si vous avez des choses à dire, ce blog est fait pour ça…

Salute

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